L’exercice pour vaincre l’arthrose, partie 1

L’arthrose est une maladie dégénérative qui affecte les articulations et dont les symptômes principaux sont la douleur et la raideur. La gonarthrose (arthrose affectant les genoux), la coxarthrose (arthrose affectant les hanches) et la discarthrose (ou dégénérescence vertébrale, i.e. l’arthrose affectant la colonne vertébrale) peuvent parfois être incapacitantes.

Il est possible de vaincre l’arthrose et de reprendre les activités de la vie quotidienne tout en diminuant, voire en éliminant complètement la douleur. Le moyen de loin le plus efficace est l’utilisation d’une stratégie d’intervention basée sur l’exercice.

 

Les avancées scientifiques des dernières années démontrent que la réadaptation par l’exercice est la seule façon efficace à long terme de traiter cette maladie.

 

Comprendre la maladie

La première étape en réadaptation par l’exercice est de bien comprendre la maladie et ses conséquences. Une compréhension précise de la pathologie en cause et une évaluation clinique de votre état par un ou une professionnel(le) de l’exercice permettra d’élaborer un programme spécifique pour vous.

Fondamentalement, l’arthrose est une dégradation de la qualité de tous les tissus de l’articulation, qui en affecte la structure et le fonctionnement. Le cartilage n’est pas le seul tissu atteint ; les ménisques, les ligaments, la capsule et la membrane synoviales, et même l’os sous-chondral (partie de l’os située directement sous le cartilage) sont atteints.

Avec le temps, l’arthrose déstabilise progressivement l’articulation, ce qui accélère la maladie. L’affection crée donc un cercle vicieux autoentretenu qui aggrave l’incapacité de la personne atteinte et l’entraîne à devenir de plus en plus limitée par cette affectation.

Figure 1 : L’arthrose génère une instabilité de l’articulation qui, elle à son tour, accélère la maladie.

De plus, la douleur ressentie durant les efforts physiques entraîne une hypokinésie, c’est-à-dire une diminution de l’activité physique journalière. Cette hypokinésie cause une réduction de la condition physique et, pour certains, une augmentation du poids corporel. Le déconditionnement et la prise de poids produiront une fatigue accrue lors des activités de la vie quotidienne, qui auront pour effet d’augmenter la douleur : un autre cercle vicieux.

Figure 2 : La douleur conséquente à l’arthrose entraîne une diminution progressive de l’activité physique journalière (l’hypokinésie) qui mène à un déconditionnement physique progressif et à augmentation du poids corporel.

Solutions

Il existe deux types de modalités pour traiter l’arthrose : les modalités passives et les modalités actives. Les deux types de modalités ont leur utilité.

Les modalités passives comprennent les médicaments, les infiltrations, les thérapies manuelles (incluant la chiropraxie et l’ostéopathie), le TENS (Transcutaneous Electrical Nerve Stimulation) et les thérapies basées sur le chaud et le froid. Ces traitements visent à diminuer la douleur, mais sont temporaires et n’ont pas d’effet direct sur la maladie.

Les modalités actives commandent un engagement direct de votre part et comprennent, outre les exercices thérapeutiques, l’éducation, la psychothérapie et les groupes d’entraide.  Les modalités actives agissent sur les conséquences de la pathologie. L’exercice est la pratique la plus puissante de ces modalités actives, car il contrecarre directement la progression de la maladie en plus d’éliminer progressivement la douleur. Ces formes de traitements sont les seules à avoir un effet à long terme.

 

Au Québec, les intervenants les plus aptes à élaborer un protocole d’exercices dans un contexte de douleur chronique portent le titre de IRDC (intervenants en réadaptation en contexte de douleur chronique).

 

Figure 3 : Modalités d’intervention dans les cas d’arthrose.

 

 

Programme d’exercices

Comme l’arthrose cause une déstabilisation de l’articulation, le but du programme d’exercices est de stabiliser celle-ci. De plus, comme nous sommes en présence de douleur, le programme doit absolument inclure une stratégie de gestion de la douleur à l’effort, sinon même si le programme d’exercices est bien conçu, une mauvaise gestion de la douleur pourrait l’aggraver en hypersensibilisant le système nerveux central (voir le texte sur ce sujet).

 

Les intervenants certifiés IRDC sont justement spécialisés dans les techniques de gestion de la douleur.

 

Dans la suite de cet article, nous verrons la composition du programme d’exercices et nous survolerons les techniques de gestion de la douleur à l’effort dans les cas d’arthrose.


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Merci à Mme Diane Simard pour la correction des textes 🙂

Petit mot deviendra Grand …

Caroline Jacob t.r.p., IAC-MPC, ICP-ACC, SRDC,
Thérapeute en Réadaptation Physique,
Coach Comportemental
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Je ne parlerai pas du mot Résolution que l’on entend si souvent à tous les mois de janvier.
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L’an dernier dans un moment de réflexion je me suis dit : pourquoi pas un simple mot significatif plutôt qu’une ‘Résolution’. J’ai réfléchi à un mot qui allumait en moi un désir de changement. Un tout petit mot choisit en toute simplicité : pas de contrat, pas d’engagement formel, pas de communication officielle, pas de post à tous mes amis, simplement là dans mes pensées. Mon petit mot était ‘Présente’. Et celui-ci est né de mon désir d’être plus consciente et plus attentive aux opportunités qui s’offrent à moi, non pas seulement celles venant de l’extérieur mais surtout celles venant de moi : mes idées, mes ambitions, mes valeurs.
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Alors que l’année 2018 se termine, j’aimerais vous témoigner du pouvoir du petit mot.
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Consciemment et souvent inconsciemment, le petit mot, ‘Présente’, m’a accompagné toute l’année. À tout instant, lorsque j’ai eu des pensées sur ce que je valorise, créer des opportunités pour servir la société et parfois des idées audacieuses, le petit mot retentissait doucement dans ma tête… « Présente, sois présente dans ta vie ». Depuis le jour où j’ai choisi ce mot, je ‘vois’ plus clairement chaque possibilité de passer à l’action. Je provoque des rencontres, crée des opportunités de servir, un geste, un choix, une décision à la fois. Il m’a fait prendre conscience qu’il vaux la peine de vivre ce qui est important pour moi et m’a donné le courage de l’exprimer.
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Je vois aussi que le futur devient magnifique quand on le crée. Ce petit mot a changé beaucoup de choses dans ma vie et il est devenu pour moi, un grand mot.
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Et si vous aussi aviez un ‘petit mot’ qui vous accompagne et vous guide subtilement à passer à l‘action? Je vous en suggère quelques-uns pour vous inspirer :
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– Bouge
– Aide
– Fonce
– Exprime
– Parle
– Économise
– Joue
– Partage
– Sers
– Marche
– Souris
– Ris
– Aime
– Complimente
– Crée
– Remercie
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Peu importe si vous vivez des sensations de douleurs ou non, vous aussi pouvez permettre à un petit mot de grandir. Quel sera le vôtre ?
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Bonne année,
Caroline
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Cessons de parler de ma douleur… 2 ieme partie

Je reçois un appel d’une amie de longue date qui m’invite à déjeuner avec elle. Nous avions l’habitude de nous rencontrer à l’occasion, environ une à deux fois par mois. C’est pour moi une bonne amie. Toutefois, depuis que ma douleur est apparue, j’ai décliné la majorité de ses invitations, tout comme les autres invitations venant de la famille ou collègues. Mon amie me manque certes mais je me limite au minimum afin d’éviter le sentiment d’avoir besoin de donner un compte rendu de mon état, de mon évolution, de mes rendez-vous, de ce que j’en pense, d’avoir à écouter les conseils incessants, de sentir que j’ai besoin de démontrer que oui c’est vrai que j’ai de la douleur, que oui ça m’affecte. Je n’en peux plus.
Ce matin c’est différent. Je décide de tenter une stratégie qui m’a été enseignée par mon professionnel de la santé : limiter le discours de la douleur. Fini les comptes rendus, c’est moi qui déciderai de m’exprimer lorsque j’en sentirai le besoin. Alors j’accepte son invitation pour tenter le coup.
Je rencontre mon amie et nous asseyons à table. C’est partis :
– Et puis, comment ça va toi?
Je sais très bien à quoi elle fait référence alors je me lance sur un ton souriant :
– Ça va très bien car j’ai du nouveau ! J’ai besoin de rediriger mon attention sur autre chose que ma douleur alors je demanderai à tous de ne plus faire référence à ma douleur. Est-ce que tu peux m’aider?
– Mais bien sûr que je vais t’aider, nous allons tous t’aider!
– Merci de m’encourager, tu es une bonne amie… Raconte-moi ce que tu fais de bon ces temps-ci!
Cela s’est bien passé. J’écoute mon amie raconter les péripéties de son dernier voyage et qu’elle pense suivre un cours pour se divertir, elle ne sait quoi encore : peinture, danse, yoga, elle ne sait pas.
– Et toi? Me lance-t-elle?
– Euh…
Eh non, je ne parlerai ni de près, ni de loin de ce qui concerne ma douleur. Il y a un moment de silence. Je me rends compte que tout à coup, je viens de créer de l’espace en moi. Un grand espace. Un espace où je dois forcément diriger mon regard vers autre chose. Un espace que je devrai remplir. Remplir de nouveauté, d’idées, de ce que j’aimerais faire, de ce qui est important pour moi. J’ai soudainement un vertige en moi et je ressent clairement une envie à ce point-ci de remplir cet espace avec MON discours de la douleur mais non. Je fais l’effort conscient pour garder le cap. Après ce moment de silence et d’hésitation, je me lance :
– J’aimerais bien faire quelque chose d’intéressant en ta compagnie.
– Bien sûr! Qu’est-ce que tu aimes et qui te manque?
– Tu te rappelles lorsque nous allions visiter les galeries d’art? Nous prenions toute une journée et nous visitions toutes ! Il y a si longtemps, ça me manque. Je ne sais pas si….
– …et si nous visitions qu’une galerie, en prenant le temps de s’y asseoir, et nous déciderons ensuite? Ce sera déjà une très belle sortie!
Et c’est ainsi que j’ai tranquillement commencé à remplir cet espace avec des activités qui font en sorte que je me sente plus accomplie. Je m’occupe des gens que j’aime, je fais un peu plus de sorties, j’entame de petits projets simples ici et là qui me plaisent, je prends de petites marches avec mon chien et une voisine, sans parler de ma douleur. Je me suis même inscrite à un cours de dessin avec mon amie. Je lis des livres plaisants qui me font apprendre de nouvelles choses. Je pense moins à ma douleur car on en parle moins. Je me sens plus heureuse et j’ai remarqué que je prends moins de médicaments. J’ai ainsi moins d’effets secondaires alors cela m’aide à me sentir encore mieux.
Je me réveille ce matin et je me retourne dans mon lit pour regarder par la fenêtre, il fait soleil, ce sera une belle journée. Je me surprends à avoir un sentiment de fébrilité en moi – qu’est-ce je pourrais faire de nouveau aujourd’hui?


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Cessez de m’en parler… que je puisse vivre autre chose. (1e partie)

Par Caroline Jacob, t.r.p., IAC-MPC, ICP-ACC, SRDC
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Je me réveille ce matin et je me retourne dans mon lit pour regarder par la fenêtre, il fait soleil, ce sera une belle journée. Je me surprends à avoir un sentiment de fébrilité en moi – il y a longtemps que j’ai eu ce sentiment. J’ai envie d’essayer quelque chose, je ne sais pas : mettre le nez dehors, prendre une marche dans la neige avec le chien ou peut-être installer quelques lumières de Noël ? À mon rythme, je fais ma toilette et m’habille. Je descends à la cuisine où mon conjoint me demande :
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– Puis, comment a été ta nuit ? As-tu réussi à dormir ?
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Je n’y pensais plus. À contre coeur, je fais un effort volontaire pour retourner me souvenir des détails de cette xième nuit troublée d’insomnie et d’inconfort, de sorte que je puisse répondre à cette question qui m’est posée tous les matins…
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– Difficile, comme d’habitude.
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Après un moment d’hésitation j’enchaîne :
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– Je pensais aller prendre une marche avec le chien et installer des lumières de Noël, c’est une belle journée.
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– T’es certaine? Et si tu glisses?
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– Je n’irai pas loin. Et je verrai pour les lumières.
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Je remarque que ma fébrilité a disparu et a fait place à un sentiment d’inquiétude et de doute. Je fais un effort pour tenter d’ignorer ces sentiments tandis mon fort intérieur supplie à cette fébrilité de réapparaître. Ça m’avait fait du bien. Je me résigne tout en enfilant mon manteau et mes bottes, mes crampons sous les conseils de mon conjoint bienveillant et quitte avec le chien. Une fois dans la rue, je regarde autour de moi. La neige fraîchement tombée est si brillante et le soleil est bon sur mon visage. Je ferme les yeux et rêvasse un peu… pour un instant, il me semble que tout est possible.
– Salut !
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Moi perdu dans un instant de bonheur, je fais un sacré sursaut :
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– Oh ! Bonjour ! Dis-je un peu gênée, à mon voisin qui est venu me rejoindre.
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– Puis comment ça va ? Je te regardais marcher… Retournes-tu au travail bientôt ?
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Nous discutons une quinzaine de minutes. Des délais pour voir mon spécialiste, de l’attente pour certains résultats… J’ai indirectement l’impression de devoir rendre des comptes, de me justifier pour ne pas perdre la face, ne pas perdre ma dignité. Alors que mon voisin retourne chez lui, je me sens vidé. Moi qui devais aller prendre une marche et poser des lumières, j’en ai plus autant envie. Et puis, ma douleur s’est maintenant accentuée. Puis c’est vrai, la rue semble un peu glissante. Je retourne à la maison, après tout je suis allée dehors. Je me reprendrai une autre fois.
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Un temps de réflexion:
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  • Quel impact a eu le discours de la douleur chez cette personne?
  • Comment se serait déroulée cette histoire sans le discours de la douleur ?
  • Comment se manifeste le discours de la douleur dans votre vie et quelle influence a-t-il sur votre état d’esprit, votre humeur et votre capacité de voir les opportunités qui vous permettent de cheminer?

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Les 4 saisons de l’entrepreneur en kinésiologie

C’était la veille du jour de l’an 2004, un mercredi soir. Les lumières du centre de conditionnement physique étaient fermées et seulement le blanc de la neige éclairait la salle par les grandes vitrines qui donnaient sur le stationnement désert. Je marchais au milieu des machines de musculation, me retournais avant de fermer la porte … une dernière fois.

.Ma carrière de kinésiologue-entrepreneur venait de prendre fin et je me sentais comme un écrivain qui termine un livre; un étrange mélange de sentiment de devoir accompli et de mélancolie. J’étais bel et bien arrivé à l’épilogue de mon périple dans le monde de l’entrepreneuriat.

L’entreprise, saison par saison …
J’ai été co-actionnaire de la firme Actiforme Consultants pendant presque douze ans (avec mes amis Alain Delorme et Yvan Ouellet) . J’ai pu observer, à travers le prisme de mon entreprise, l’évolution considérable de la kinésiologie, science pratiquement inconnue de la population à la fin des années 80. Je me suis aussi vu évoluer en tant que kinésiologue, en tant qu’entrepreneur, et en tant qu’homme.
J’ai connu l’euphorie du démarrage d’entreprise, l’angoisse de la crise de survie, la quasi-panique de la crise de croissance, la fierté d’être aux commandes d’une entreprise génératrice d’emploi, les questionnements des temps d’incertitude, la satisfaction d’avoir traversé des périodes de grandes turbulences et, finalement … un très grand sentiment d’humilité.
Probablement le même que celui du cultivateur face à la nature. Lui qui, à l’automne, réalise pleinement que sa récolte est le fruit de son dur labeur, des bonnes conditions climatiques et … d’un peu de chance. Et en affaires, c’est un peu comme en agriculture : plus on prend de l’expérience, plus on devient humble. Et l’humilité est le hall d’entrée de la sagesse.
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En agriculture et en affaires : le temps des préparations
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Abraham Lincoln disait:  » Si je disposais de six heures pour abattre un arbre, je consacrerais les quatre premières heures à aiguiser ma hache « , et il avait bien raison. La période de préparation doit d’abord être introspective : elle doit débuter avec un questionnement personnel.
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L’entrepreneur doit essentiellement se poser deux questions :
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Première question : ai-je les aptitudes d’un entrepreneur ?
Pour être un bon entrepreneur, je pense qu’il faut posséder quatre attributs fondamentaux.
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1) Connaître son domaine
Vous devez connaître parfaitement tout sur le monde des souliers si vous fondez une manufacture de souliers ! Et je suis d’accord avec le célèbre auteur en management Henry Mintzberg, qui ne croit pas beaucoup aux « gestionnaires  professionnels » : « ils arrivent dans une boite en connaissant peu de choses sur ce qu’on y fabrique ou offre comme services ».
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Pour réussir une entreprise en kinésiologie, il faut d’abord être un bon ou une bonne kinésiologue !
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2) L’entrepreneur doit être compétent en relations humaines
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L’entrepreneur doit d’abord être capable de  » lire  » les gens comme le dit Mark McCormark dans son best-seller des années 80  » What They Don’t Teach You at Harvard Business School « . Le monde des affaires est un monde de contacts : contacts avec les acteurs de l’environnement interne (employés, collègues, collaborateurs) et ceux de l’environnement externe (clients, fournisseurs, banquiers, compétiteurs). Il est important de pratiquer l’écoute active et de bien décoder ce que nous disent nos interlocuteurs. Il ne faut jamais oublier que les décisions professionnelles et les décisions d’affaires se font sur la base du traitement de l’information que l’on extrait des communications avec notre entourage.
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3) Communiquer et motiver
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L’entrepreneur doit être capable d’insuffler sa passion et son enthousiasme aux gens qui le côtoient. Pour ce faire, il doit être capable de communiquer sa vision de façon claire et il doit ensuite motiver son entourage à la partager et à y travailler car, justement, la motivation est le moteur de leurs actions.
Mintzberg (1984) affirme d’ailleurs :
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Le dirigeant passe plus des deux tiers de son temps à parler et à écouter dans une situation où il est le point de convergence de nombreuses catégories d’interlocuteurs : supérieurs, pairs, collaborateurs, subordonnés …
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4) L’entrepreneur-kinésiologue doit être capable de faire le pont entre les concepts et l’application pratique
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Les connaissances seules ne peuvent faire avancer une entreprise. Le modèle de Cardinal (2003) s’applique parfaitement en entrepreneurship. Charles Cardinal définit la compétence comme l’articulation synergique des trois qualités fondamentales de tout professionnel : les connaissances (le savoir), les habiletés (le savoir-faire) et les attitudes (le savoir-être).
Figure 1 : Cardinal définit la compétence comme l’articulation synergique des trois qualités fondamentales de tout professionnel : les connaissances (le savoir), les habiletés (le savoir-faire) et les attitudes (le savoir-être).
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Les connaissances spécifiques de l’entrepreneur doivent être mises à profit à travers le filtre de la mission d’entreprise. L’entrepreneur doit être capable de synthétiser et de simplifier des concepts relativement complexes pour être capable de les opérationnaliser dans le contexte très spécifique de la mission de l’entreprise.
En deux mots, l’entrepreneur doit avoir un sens pratique pour être capable d’utiliser ses connaissances théoriques dans le but de réaliser la mission de l’organisation, le tout d’une façon conséquente avec les valeurs de celle-ci.
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Deuxième question : est-ce la bonne période de ma vie pour démarrer une entreprise ?
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Le contexte personnel et familial doit être propice. Fonder une entreprise, particulièrement en kinésiologie, implique un investissement personnel important en temps et un assez haut niveau de tolérance à l’incertitude.
Les heures et l’énergie consacrées à l’entreprise ne le sont pas à la famille ou au conjoint ou à la conjointe. Pas besoin d’élaborer là-dessus, mais c’est un aspect très important sur lequel on doit se pencher avant la fondation de l’entreprise.
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Après le questionnement, l’action !
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Le plan d’affaires est le résultat tangible de la période de préparation. En démarrage d’entreprise, comme en agriculture, la préparation est une condition essentielle au succès. Le fermier répare son équipement, planifie l’utilisation judicieuse de ses champs en coordonnant les rotations de culture, il calcule la quantité de semence, etc. De son côté, l’entrepreneur prépare son plan d’affaires. Il détermine qu’elle est sa mission et agence autour d’elle les objectifs et les stratégies pour y arriver. Il existe un bon nombre d’ouvrages sur la rédaction d’un plan d’affaires ; pour la plupart, ils se valent autant les uns que les autres. L’important est d’y mettre de l’énergie parce que le plan témoigne de la préparation de l’entrepreneur auprès des agents financiers et des partenaires éventuels de l’entreprise. On ne se prépare jamais assez car une fois l’entreprise lancée, on peut rarement faire marche arrière.
A ce point précis de la préparation du projet, on doit si possible impliquer un mentor dans la période de préparation. Le mentor apporte l’expérience et agit comme un  « accélérateur ». Accélérateur au sens où le jeune entrepreneur sans expérience perd beaucoup de temps parce qu’il ne sait pas. Le mentor, lui, sait et peut ainsi faire épargner beaucoup de temps et d’énergie, ce qui accélère le développement de l’entreprise. Le professeur Charles Cardinal a joué ce rôle de mentor au sein d’Actiforme Consultants et ce, depuis le début.
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La mission
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L’approche conventionnelle recommande de commencer par l’écriture de la mission. Lors de l’élaboration de notre plan d’affaires en 1990, je me suis laissé influencer par Stephen Covey ; sa thèse est fondée sur l’importance des valeurs personnelles dans le leadership d’une entreprise. J’en ai déduit qu’après avoir fait un exercice d’introspection personnelle et avoir vérifié la compatibilité de ses valeurs personnelles avec celles de l’entrepreneurship, l’entrepreneur kinésiologue devait aussi énoncer les valeurs de son entreprise pour que celles-ci sous-tendent la mission, les objectifs et les stratégies.
Selon moi, les valeurs sont les racines de l’entreprise.
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La pyramide du leadership
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Les valeurs de l’entreprise, sa mission, ses objectifs et sa stratégie forment la pyramide du leadership. La pyramide du leadership est la boussole de l’entrepreneur-kinésiologue. C’est un guide, un point de repère autour duquel le plan d’affaires doit s’articuler. En fait, même une fois l’entreprise lancée, la pyramide du leadership doit rester le point de référence des décisions quotidiennes des gestionnaires de l’entreprise.
Figure 2 : La pyramide du leadership est la boussole de l’entrepreneur-kinésiologue. C’est un guide, un point de repère autour duquel le plan d’affaires doit s’articuler.
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Le printemps d’une entreprise : le temps des semences
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En septembre 1991, le projet allait passer du domaine théorique au domaine concret. Mes associés, Alain Delorme et Yvan Ouellet, et moi allions débuter notre carrière de kinésiologue-entrepreneur en entrant de plein fouet dans la phase d’implantation du projet. Selon la plupart des auteurs en gestion, les entreprises subissent à peu près le même type de parcours. Les premiers pas d’une entreprise se font avec l’énergie produite par l’enthousiasme du départ. C’est la phase d’implantation ou «crise de survie» selon certains auteurs. Notre stratégie fondamentale était de fonder un centre de conditionnement physique pour assurer des assises financières suffisamment solides afin de soutenir nos activités de consultation auprès d’industries, d’organisations sportives ou d’autres organismes ou individus pouvant requérir les services spécialisés d’une firme de kinésiologie.
La phase d’implantation consiste en la mise en fonction de systèmes qui auront, le plus possible, été élaborés durant la période de préparation du plan d’affaires. Les systèmes représentent l’organisation logique des  » savoir-faire  » des entrepreneurs et ceux-ci supportent directement la stratégie. Ces systèmes sont sous-tendus par le cadre théorique (les  » savoirs  » ou connaissances) qui aura été défini dans le plan d’affaires à partir des données probantes disponibles:
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  • système de gestion des abonnements, systèmes informatisés de support à l’acte professionnel,
  • système d’évaluation de la condition physique (méthodes, logiciels, questionnaires, etc.),
  • système informatisé d’élaboration des programmes d’entraînement,
  • système d’encadrement des clients dans la salle d’entraînement (feuille de route, systèmes de réservation),
  • système de marketing,
  • système comptable,
  • procédures d’urgence,
  • etc.
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Plus les systèmes seront efficaces, plus ceux-ci libèreront du temps et de l’énergie, maximisant ainsi la place laissée à l’acte professionnel et minimisant le temps de formation et d’intégration des ressources humaines aux façons de faire de l’organisation. Tous ces systèmes seront implantés, testés, modifiés, re-testés et raffinés dans les premiers mois de l’entreprise. C’est la phase où le gestionnaire ne  » compte pas ses heures  » !
À ce stade de l’existence de l’entreprise, la survie de l’entreprise dépend principalement de deux choses :
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  • premièrement, de la qualité de la préparation (plan d’affaires, recrutement des ressources humaines, prémarketing) et,
  • deuxièmement, de la quantité de travail que les entrepreneurs vont mettre dans l’entreprise.
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Plus l’agriculteur met du temps et de l’énergie dans son travail, plus la récolte risque d’être bonne. Il en va ainsi avec une entreprise.
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Les trois aspects du travail du kinésiologue-entrepreneur
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Les actes quotidiens du kinésiologue-entrepreneur sont de trois types :
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1) Les tâches professionnelles
Cette section regroupe tous les gestes propres au kinésiologue : intervention clinique, supervision, enseignement, etc. Les tâches professionnelles occupent environ 80 % du temps de travail au début de l’implantation de l’entreprise.
Quand on pense tâches professionnelles, on pense  » bien connaître son domaine « .
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2) Les tâches de leadership
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Le leader de l’entreprise est un  » phare « . C’est vers lui qu’on se tourne quand on est en quête de direction. C’est aussi le capitaine du bateau. Il est le gardien de la mission de l’entreprise et doit voir  » loin en avant « . Il ne doit pas exercer son leadership sur la base de l’autorité ou la coercition (leadership autocratique ou dogmatique), encore moins sur la seule base d’un charisme (régime charismatique). Il doit l’exercer sur la base des valeurs mises de l’avant dans la pyramide du leadership. Même si les tâches reliées au leadership n’occupent qu’environ 10 % du temps de travail au début de l’implantation de l’entreprise, beaucoup de gestionnaires négligent cet aspect. C’est une erreur, car c’est justement au printemps d’une entreprise que celle-ci doit être bien  » enlignée « .
Quand on pense tâches de leadership, on pense  » vision  » et  » constance « .
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3) Les tâches d’administration
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Ce sont les tâches, pour la plupart routinières ou cycliques, qui ont pour but de faire  » rouler  » l’entreprise. La comptabilité, le marketing, la logistique, la prospection, la gestion des ressources, etc. Environ 10 % du temps total du travail.
Quand on pense tâches d’administration, on pense  » discipline « .
Figure 3 : Importances relatives des rôles de l’entrepreneur durant la phase d’implantation ( survie ) de l’entreprise.
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L’été et la crise de croissance
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Le leadership ne s’apprend pas dans les salles de cours, mais il s’acquiert au fil des ans, avec des essais, des erreurs et des cicatrices pour en témoigner. (Mintzberg)
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Une fois le démarrage réussi, la croissance de l’entreprise est souvent caractérisée par une crise de croissance.
Dans le cycle d’évolution de l’entreprise, vient un temps où les contrats  » déboulent « , les clients sont de plus en plus nombreux et les opportunités d’affaires semblent affluer de partout, etc. C’est la croissance accélérée, c’est l’été !
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Principe de l’efficience
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Durant la phase de croissance de l’entreprise, les gestionnaires doivent non seulement être  » vaillants « , mais aussi, devenir efficients. Cela signifie qu’ils doivent non seulement  » travailler fort  » mais surtout  » travailler intelligemment « .
On parle ici du principe de  l’efficience de l’entrepreneur.
L’entrepreneur doit s’assurer que ses efforts sont investis aux  » bons endroits « . C’est le ratio résultats / efforts : l’efforts consenti par celui-ci doit rapporter le maximum de résultats. Ceci implique une façon différente de voir le travail.
Par exemple, c’est à ce stade de croissance d’Actiforme Consultants que nous avons commencé à appliquer une règle : toujours nous demander si l’élaboration d’un projet pouvait servir à un autre contrat ou dans une autre circonstance. Cette philosophie fait en sorte que l’élaboration d’un travail sera légèrement différente, pour que l’essentiel puisse être réutilisé dans un autre contrat.
Les programmeurs en informatique connaissent bien cette façon de travailler ; les premiers contrats sont ardus et demandent beaucoup de temps et d’efforts, mais les projets subséquents sont bien souvent composés à 80 % de matériel que l’on aura créé précédemment.
C’est à ce moment que la rentabilité du travail deviendra très intéressante, d’autant plus que la qualité du travail augmente de façon exponentielle parce que la plus grande quantité d’énergie est consacrée à raffiner et à perfectionner le produit ou le service en question.
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Croissance ou faillite ?
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Durant la phase d’implantation, l’entrepreneur pouvait compenser les périodes difficiles par un surcroît de travail. Cette stratégie est impossible durant la crise de croissance à cause du volume de travail trop grand. Si l’énergie et la vaillance de l’entrepreneur-kinésiologue étaient testées durant la crise de survie, ce sont les systèmes qui le sont durant la crise de croissance.
Si le kinésiologue-entrepreneur s’est bien préparé, s’il a su élaborer des systèmes efficaces, s’il a su créer des conditions favorables à l’émergence d’une culture organisationnelle correspondant aux valeurs et à la mission de l’organisation, celle-ci passera avec succès le test de la crise de croissance. S’il ne l’a pas fait, l’organisation prendra sa place dans les statistiques à la rubrique des  » faillites « …
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Beaucoup d’entreprises ne survivent pas à ce phénomène, même si elles offrent des services ou des produit de qualité. C’est la pierre d’achoppement des gestionnaires : ils sont convaincus qu’une entreprise qui fournit de bon services ou de bons produits ne peut pas faire faillite. En fait, il faut comprendre que ce n’est pas à cause de la qualité des services ou des produits que la compagnie échoue, mais simplement à cause de la faible qualité des  » systèmes « . En un mot, à cause d’un problème d’organisation de l’entreprise.
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C’est à cette période du cycle de l’entreprise que l’entrepreneur verra la nature de son travail changer de plus en plus. Celui-ci verra son temps dévolu aux tâches professionnelles être occupé par les tâches reliées à l’administration et à l’exercice du leadership. Évidemment, la fonction professionnelle sera de plus en plus assumée par le personnel. C’est à ce moment que surviendra la troisième  » crise  » de l’entreprise ; et elle survient à peu près toujours à l’automne du cycle de vie d’une organisation …
Figure 4 : Importances relatives des rôles de l’entrepreneur durant la phase de croissance de l’entreprise.
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L’automne et la crise d’identité
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C’est justement à cause du changement dans la nature de son travail, c’est-à-dire du pourcentage de son temps de plus en plus occupé par les tâches administratives et les tâches de leadership, que le kinésiologue devra se plonger dans une autre phase d’introspection.
Il est à la croisée des chemins : soit qu’il devienne un gestionnaire dans le domaine de la kinésiologie et qu’il continue à parfaire ses qualités de manager, soit qu’il recentre son intérêt sur la fonction de kinésiologue en confiant les fonctions administratives à un coactionnaire ou en s’adjoignant un gestionnaire. Il doit faire ce choix tout en continuant d’assumer son rôle essentiel de leader de l’entreprise.
Au niveau de l’entreprise, c’est aussi à ce stade de l’évolution de l’organisation qu’il faut revoir ce qui fonctionne bien et ce qui fonctionne moins bien : on parle alors de capacité d’autocritique organisationnelle.
C’est à ce stade que beaucoup d’entreprise font le choix de se diversifier. A la lumière de ce qui c’est passé dans le monde des affaires durant les 10 dernières années (les grandes fusions dans le monde des médias et des télécommunications entre autres) force est de constater que c’est bien souvent une erreur. Chez Actiforme Consultants nous avons plutôt choisi de nous concentrer au niveau des services de réadaptation et au niveau des services aux athlètes de haut niveau. Cette stratégie avait plusieurs avantages : nous avions développé ce créneau depuis 10 ans, et nous pouvions recevoir des honoraires supérieurs car ces services n’étaient offerts que par une minorité d’organisation au Québec. De plus, l’analyse de l’environnement externe, d’une perspective socio-démographique, nous permettait d’émettre l’hypothèse que ce genre de services allaient être en demande croissante au cours des prochaines années, surtout pour les services en réadaptation. Pour ce qui est des athlètes de haut niveau, même si ce segment de nos activités étaient « fragiles » étant donné sa dépendance aux subsides gouvernementaux, mon associé M. Alain Delorme avait au cours de ces années développé une tel expertise auprès de cette clientèle, que l’organisation se devait de tabler sur sa crédibilité et en faire un axe de développement.
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L’hiver et l’arrimage des visions
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Selon moi, deux principes importants caractérisent  » l’hiver  » de l’entreprise. Il s’agit du principe de vision et du principe d’arrimage.
Le temps a passé depuis les débuts de l’entreprise ; les choses et les gens ont évolué. Qui dit changement, dit adaptation. Sinon, l’individu ou l’entreprise meurt. C’est une loi inéluctable de la nature … et des affaires ! La vision d’un entrepreneur est son  » paradigme organisationnel « , c’est-à-dire sa façon de voir le monde, la société, la vie, avec ses  » lunettes  » d’entrepreneur.
Comme l’agriculteur intègre toutes les données relatives à la nature et établit sa stratégie, l’entrepreneur intègrera lui aussi les données provenant de l’environnement externe et interne de l’organisation et ajustera sa vision.
C’est à partir de son paradigme qu’il définira sa propre conception de la mission de l’entreprise. Cette vision inclut évidemment la conception que l’entrepreneur a de son propre rôle dans l’organisation. Elle fait également le lien entre ses objectifs personnels et ceux de l’organisation.
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C’est le principe d’arrimage.
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De plus, si nous sommes en présence de plusieurs actionnaires, ce paradigme organisationnel doit être partagé par tous les partenaires.
Ceci implique un questionnement périodique, et, ce questionnement indiquera à l’entrepreneur-kinésiologue la voie qu’il aura à suivre. Il est important de prendre le temps d’aller explorer nos facteurs de motivation personnels, car ceux-ci changent en fonction du temps, des expériences de vie, et du contexte familial ou personnel.
Car c’est l’essence même de l’entrepreneuship : suivre sa propre voie.
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Si l’on avance avec confiance dans la direction de ses rêves, et si l’on s’efforce de vivre la vie que l’on avait imaginée, on connaîtra une réussite, inimaginable en temps normal.
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Figure 5 : L’entrepreneur doit arrimer sa vision à la mission de l’entreprise et à celles des co-actionnaires .
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Remarque finale
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Avec le temps et l’expérience au sein d’Actiforme Consultants, et en observant l’évolution d’autres organisations, j’ai identifié un principe qui me semble immuable dans toute entreprise et qui après réflexion me semble celui le plus important à communiquer à de jeunes entrepreneurs :
le devenir de l’organisation est largement tributaire de ses actions passées.
Si les leaders ont accordé peu d’énergie à l’élaboration des bases de l’entreprise et si les fondements de l’organisation reposent sur des concepts ou des visions déficientes, il sera de plus en plus difficile de pallier aux difficultés à mesure que le temps avancera.
Au contraire, si l’entreprise repose sur des valeurs et une vision solide, plus il sera facile d’affronter les tempêtes, qui sont inévitables dans le cycle de vie de toute organisation.
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Mise à jour 2018
Je suis de retour avec Actiforme depuis quelques années déjà, et ce, en mode « intrapreneurship ». L’intrapreneuship implique la collaboration synergique de deux organisations qui mettent à profit leurs ressources pour le bien des deux entités. un concept intéressant et qui fera l’objet d’un prochain article.

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L’outil le plus sous-estimé en douleur chronique

On investit énormément de temps, d’énergie et d’argent pour se débarrasser de la douleur chronique. Comme je l’ai déjà expliqué, la solution pour vaincre la douleur chronique repose sur une combinaison de modalités actives et passives.

La modalité active la plus sous-estimée est l’entraide. L’entraide est le troisième E de la triade Exercice, Éducation et Entraide (cliquez ici pour réviser ce concept).

Groupes d’entraide

Les personnes qui forment un groupe d’entraide en douleur chronique le font pour s’aider elles-mêmes, mais la force du concept est qu’elles le font en aidant les autres participants du groupe. Les bénéfices spécifiques liés à un groupe d’entraide sont impossibles à obtenir autrement que par cette interaction avec d’autres personnes, parce que la crédibilité d’une autre personne qui vit le même problème crée un élément thérapeutique qu’aucun professionnel ne peut fournir, même avec une grande expertise dans le domaine.

Normalisation

Une des premières constatations lors de l’adhésion à un tel groupe est que l’on n’est pas seul à vivre la panoplie d’émotions, de comportements et de questionnements lorsque l’on est aux prises avec une douleur persistante. Le ou la participante au groupe réalise que ces phénomènes sont « normaux » dans le cadre d’une douleur chronique, ce qui peut être rassurant lorsque l’on se retrouve isolé sans points de repères.

Dédramatisation 

De trop nombreuses personnes pensent encore que le diagnostic de douleur chronique équivaut à une condamnation, parce que celle-ci est soi-disant incurable. L’éducation reçue dans le groupe et, surtout, les témoignages des personnes qui ont vaincu la douleur et qui vivent maintenant une vie tout à fait normale leur prouvent qu’il n’en est rien. Un groupe d’entraide a donc une fonction de dédramatisation en recadrant la personne qui en fait partie face à un pronostic positif ; en somme, en rallumant la flamme de l’espoir.

Autres bénéfices 

Beaucoup d’autres avantages sont liés à ce genre d’activité de partage, notamment :

  • Les membres d’un groupe d’entraide parlent non seulement de leurs difficultés, mais aussi de la façon d’améliorer leur qualité de vie1. Le partage de stratégies avérées efficaces est une composante importante du groupe ;
  • La création d’autres liens amicaux. Certains membres choisissent de se rencontrer non seulement lors des réunions prévues, mais aussi dans un autre cadre. Les participants deviennent des « frères ou soeurs d’armes » dans le cadre de leur lutte contre la douleur chronique ;
  • Les séances de groupe brisent l’isolement ;
  • Les membres peuvent entrevoir les éléments positifs de leur situation ;
  • On y trouve soutien et réconfort, particulièrement dans les moments de « crise » ;
  • Le groupe aide ses membres à comprendre leurs émotions et à trouver les moyens de traiter celles-ci de façon constructive.

 

« Les organismes qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts, ce sont ceux qui arrivent à coopérer. »


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La peur de la rechute en douleur chronique

Lors d’une assemblée d’un groupe d’entraide en douleur chronique, quelques-uns des participants se sont mis à parler des « fenêtres de non-douleur » durant la portion de la soirée consacrée à l’échange.

Ces périodes sont, après quelques semaines de réadaptation, des moments où dans la journée la douleur persistante disparaît. Courtes au début, celles-ci s’allongent de plus en plus au fur et à mesure du programme de réadaptation (voir texte). Les personnes qui vivent l’expérience sont évidemment aux oiseaux.

Curieusement, ces mêmes participants étaient préoccupés par le fait de ressentir une émotion concomitante : la peur !

Deux peurs en douleur chronique

La peur est une émotion que l’on constate souvent lorsqu’on travaille avec des personnes aux prises avec la douleur persistante. En fait, il existe deux types de peur en douleur persistante.

Kinésiophobie

Le premier type est la peur de la douleur et de l’aggravation. Le phénomène a été grandement étudié et porte même un nom : la kinésiophobie. Celle-ci se manifeste par l’évitement des tâches requérant un effort physique, ce qui a pour conséquence un déconditionnement physique qui augmente avec le temps, jusqu’à ce que des tâches auparavant anodines deviennent impossibles à exécuter. (Cliquez ici pour la solution à la kinésiophobie.)

Peur de la rechute

L’autre type est la peur de la rechute. C’est cette dernière que certains des participants du groupe ressentaient. Celle-ci se manifeste lorsque l’on fait l’expérience des premiers épisodes des fenêtres de non-douleur. En fait, pour la plupart des participants à un programme d’activités physiques adaptées et spécifiques à la douleur chronique, la douleur s’estompe sous forme de « fenêtres de non-douleur » qui commencent à apparaître au cours d’une journée. La plupart du temps, ce phénomène s’accompagne d’une amélioration clinique générale, c’est-à-dire d’une amélioration des capacités et d’une diminution de l’intensité moyenne de la douleur.

Bien que ces épisodes procurent une grande joie, les individus qui en bénéficient les attribuent souvent à l’effet du hasard plutôt qu’à un signe d’amélioration clinique et ils craignent que le retour de la douleur ne soit qu’une question de temps, confirmant ainsi leur croyance.

 

« Dans la vie, rien n’est à craindre, tout est à comprendre »
Marie Curie

 

Solution pour vaincre la peur de la rechute

La solution est relativement simple. Le désir irréaliste que la douleur soit disparue pour toujours durant une fenêtre de non-douleur est évidemment utopique.

Il faut alors s’attendre à ce que la douleur revienne et que ceci fasse partie du processus normal de réadaptation.

Qui plus est : il faut « se prescrire le symptôme », un concept que mon collègue le Dr Sylvain Gervais m’a enseigné il y a plusieurs années.

Se prescrire le symptôme signifie que l’on doit s’attendre à ce que la douleur revienne lorsqu’on a la chance d’avoir un épisode de fenêtre de non-douleur. Il faut concevoir l’épisode comme une occasion d’apprendre à gérer « le retour de la douleur », en faisant en sorte de pouvoir continuer à vaquer aux activités de la vie quotidienne.

Et pour transformer une expérience potentiellement très anxiogène en un évènement qui galvanise notre motivation, il faut alors identifier et inscrire la durée et la fréquence des épisodes de fenêtres de non-douleur pour réaliser que celles-ci augmentent. Ce qui prouvera significativement que l’on est en train de remporter la victoire sur la douleur chronique.

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