Le lien entre la condition physique et la douleur

lien entre douleur condition physique

La science a démontré l’importance de l’exercice en prévention primaire et secondaire de la douleur chronique. Mais quel est donc le lien entre l’activité physique et la douleur persistante ?

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Le lien repose sur deux prémisses fondamentales.

1) Relation entre l’effort relatif et la douleur

Le premier postulat induit qu’il y a une relation entre la douleur et l’effort physique. En kinésiologie, l’effort est souvent exprimé en pourcentage d’un effort maximal possible pour une tâche spécifique : on parle donc d’effort relatif. En présence d’une douleur chronique, plus on déploie un effort physique relatif important, plus l’intensité de la douleur est importante.

Par exemple, si vous souffrez de douleur chronique au dos et que votre capacité de levage maximale est de 50 kilos, lever une caisse de 10 kilos vous demande un effort relatif de 20 % et engendre une douleur correspondante. La douleur sera plus intense si vous levez une caisse de 20 kilos, parce que ce geste vous demandera 40 % de votre capacité maximale (figure 1).

effort relatif et douleur

Figure 1 : L’augmentation de l’effort relatif entraîne l’augmentation de l’intensité de la douleur, telle qu’évaluée sur une échelle visuelle analogique (VAS).

 

2) Augmentation de l’effort relatif pour une  même tâche physique absolue par la fatigue cumulée au cours d’un effort continu

Le second postulat indique que lorsque l’effort est continu sur une certaine période de temps, le cumul de fatigue augmente l’effort relatif pour le même travail physique (figure 2).

effet de la fatigue sur effort relatif

Figure 2 : Effet de la fatigue sur l’effort relatif lors d’un effort physique soutenu sur une certaine période de temps.

Conséquemment, plus les capacités physiques d’un individu diminuent, plus l’effort relatif pour effectuer une tâche physique donnée est grand et plus l’intensité de la douleur correspondante augmente. De plus, le déconditionnement physique engendre une moins grande capacité de récupération et accélère l’effet de la fatigue lors d’une activité physique, augmentant d’autant plus rapidement l’effort relatif (et donc l’intensité de la douleur) pour une même tâche absolue.

Cette diminution des capacités physiques est ce qui se produit lors de la kinésiophobie.

Kinésiophobie

Les peurs et craintes liées à la douleur entraînent souvent un évitement des activités considérées comme pouvant provoquer ou augmenter la douleur, ou pouvant causer ou aggraver une lésion. On utilise le terme « kinésiophobie » pour définir cette « peur du mouvement ». L’évitement des activités physiques finit par engendrer un déconditionnement physique qui, comme il vient d’être démontré, augmente de plus en plus l’intensité de la douleur au fur et à mesure que le temps passe (hypokinésie algogène dans le jargon kinésiologique). L’augmentation de la douleur confirme les craintes de l’individu kinésiophobe qui s’inquiète de plus en plus, bouge de moins en moins et se déconditionne à l’avenant. Celui-ci se retrouve alors coincé dans un cercle vicieux qui aggrave de plus en plus l’incapacité (figure 3).

modèle de l'hypokinésie algogène

Figure 3 : Modèle de l’hypokinésie algogène : interaction entre la kinésiophobie, la condition physique et la douleur chonique.

Il est important de comprendre que la kinésiophobie est un mécanisme parmi plusieurs qui contribuent à la genèse de la douleur chronique, mais plusieurs spécialistes pensent qu’il est probablement l’un des plus importants et qu’il est essentiel d’intervenir directement sur ce phénomène dans un programme de réadaptation en contexte de douleur chronique.

Dans la partie 2, nous explorerons l’autre lien possible entre la douleur et la condition physique : le comportement de persistance malgré la douleur (CPMD).


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Vélo : un début de saison sans douleur !

 

velo debut saison sans douleurLa fin de l’hiver est une très bonne nouvelle pour les cyclistes. En effet, en même temps qu’on voit les premiers merles à la fin de mars, apparaissent les premières bécanes sur nos routes.

Et vous aussi, vous voulez commencer votre saison ! Mais voilà, votre première sortie de l’an passé vous avait laissé presque handicapé pendant 4 à 5 jours tellement vos muscles étaient endoloris, et ça, sans parler de votre arrière train…

Ces désagréments peuvent cependant être évités en adoptant un bon programme de début de saison. Ce système vous permettra de bien contrôler les deux variables les plus importantes lors de l’amorce d’un début de saison de vélo: la distance parcourue et l’intensité.

Quelle intensité ?

La variable la plus importante à moduler est l’intensité. La consigne est simple : il faut y aller très  » mollo  » durant les premières semaines ! Les cyclistes expérimentés vous diront de  » mouliner « . Dans leur jargon cela veut dire d’utiliser un braquet où vous aurez l’impression de pédaler sans  » forcer « . Si vos jambes  » brûlent  » ou si vous êtes incapables de tenir une conversation sans paraître essoufflé, c’est que votre intensité est trop élevée.

Quelle distance ?

La distance de votre première sortie devrait faire en sorte que vous ne vous sentiez pas fatigué après la randonnée. Combien de kilomètres ? une bonne approximation est de calculer 20 à 25 % de votre plus longue randonnée de l’an passé. Donc, si l’an passé, votre plus longue expédition a été de 75 Km, une première sortie de 15 à 20 kilomètres serait raisonnable !

En fait, l’objectif de vos premières randonnées est d’augmenter la distance d’environ 20-35 % à chaque fois jusqu’à ce que vous atteignez votre distance de sortie moyenne.

En reprenant notre exemple, si l’an passé votre plus longue expédition a été de 75 Km, et que vos sorties étaient, en moyenne, de 55 km, alors une bonne progression pour une personne de 50 ans et moins serait de faire les 5 premières randonnées avec les kilométrages suivant : (incrément de 35 % environ à chaque sortie):

1e sortie: 19 km (distance pour la 1e sortie = environ 25 % de 75 Km),

2e sortie: 25 km,

3e sortie: 34 km,

4e sortie: 46 km,

5e sortie: 62 km.

Utilisez le tableau 1 suivant pour calculer votre progression.

velo 01

Pour une personne de 50 ans et plus, un bon programme de début de saison serait de faire les 6 premières randonnées avec les kilométrages du tableau 2.

velo 02

Une fois votre distance de sortie moyenne atteinte, vous pourrez commencer à augmenter l’intensité soit en élevant votre vitesse ou en roulant sur un parcours avec quelques « bosses » !

Un dernier mot : soyez extrêmement prudents en début de saison : il ne faut pas oublier qu’automobiles et vélos ne se sont pas rencontrés depuis 7 ou 8 mois …

Voilà, et bon vélo !

La douleur liée à l’arthrose vous nuit à vélo ? lire ces autres textes


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Pourquoi une douleur devient chronique

Le concept le plus fondamental de la réadaptation en contexte de douleur chronique est le fait qu’il existe deux sortes de douleurs : la douleur nociceptive et la douleur chronique.

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La douleur nociceptive

La douleur nociceptive (ou douleur aiguë, comme on le disait il y a quelques années) est la douleur normale produite par notre système nerveux central (SNC), essentielle à notre survie. Elle a trois fonctions.

  • La première fonction de la douleur nociceptive est de donner d’alarme.

Prenons comme exemple le cas où l’on endommage un ligament du bas du dos (l’entorse lombaire) en soulevant une boîte au sol. La déchirure des fibres du tissu ligamentaire est transformée en influx nerveux par des fibres spécialisées du SNC et est transportée vers le cerveau où le signal est traité et transformé en une expérience consciente (la douleur) qui nous informe de la blessure.

  • La deuxième fonction de la douleur nociceptive est d’entraîner une immobilisation relative, celle-ci étant nécessaire à la guérison.

Quelques secondes après la blessure, la sensation devient de plus en plus désagréable et réduira notre capacité de bouger en rendant le mouvement de plus en plus pénible. Ceci est nécessaire, car l’organisme a besoin d’une immobilité relative au niveau de la structure lésée pour pouvoir la réparer.

  • La troisième fonction de la douleur nociceptive est de moduler le retour au mouvement.

Au fur et à mesure que la guérison suit son cours, le signal douloureux va progressivement s’estomper et laisser place à la reprise du mouvement, essentielle à la consolidation de la blessure. La douleur guide ce retour au mouvement, en ce sens que si la reprise des activités est trop intense, la douleur deviendra plus importante pour protéger les tissus nouvellement formés.

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La douleur chronique

La douleur chronique (ou douleur persistante, comme on le dit de plus en plus) est la douleur anormale produite par notre SNC et qui est non seulement inutile, mais qui peut devenir une véritable calamité pour les personnes qui en sont affectées.

La cause de la douleur chronique est un casse-tête depuis toujours, mais il est de plus en plus accepté qu’elle résulte d’une réorganisation du SNC. En effet, celui-ci comporte des mécanismes qui augmentent l’intensité de la douleur (les « accélérateurs ») et d’autres qui diminuent cette intensité (les « freins »). Ces deux groupes de mécanismes sont habituellement en équilibre, mais une réorganisation aberrante du système nerveux par la création de nouvelles connexions entre les neurones entraînerait la persistance de la douleur à la suite d’une blessure. C’est le fameux phénomène de la plasticité neuronale.


Ce qu’il est important de comprendre est que la persistance de la douleur n’est pas due à une lésion qui ne guérit pas, mais bien à un dysfonctionnement du système nerveux central (SNC).


Et, pour aggraver le problème, plus le temps avance, plus ce sont les conséquences physiques, psychologiques et sociales qui nourrissent la douleur. Après quelques mois, la lésion d’origine est entièrement guérie, mais la douleur persistante a envahi insidieusement la vie de celui ou celle qui souffre.

Ceci implique donc une prise en charge de la douleur chronique complètement différente de la prise en charge d’une douleur nociceptive.


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L’exercice sur le Web : risqué ?

Bon article de la kinésiologue Marianne Lacharité-Lemieux :

Les programmes d’exercice promus sur internet remplacent souvent la consultation d’un professionnel en activité physique. Mais lorsqu’il est question de santé, la qualité doit primer sur l’accessibilité.

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Comprendre : le deuxième principe pour vaincre la douleur chronique

deuxieme principe pour vaincre douleurTrès peu de cliniciens reconnaissent à juste titre l’importance de l’éducation lors de la prise en charge d’une personne souffrant de douleur persistante. Pourtant, le transfert d’information est non seulement nécessaire, mais il est essentiel.

En fait, il est prouvé scientifiquement que comprendre les mécanismes de la douleur permet même de la diminuer ! (cliquez ici pour les détails).

La participation à un programme de réadaptation nécessite un engagement physique et émotif important. Pour la majorité des gens, le lien entre l’exercice et la réduction de la douleur peut sembler paradoxal et il donc important que les principes soient bien assimilés pour maximiser la motivation.

Pour ce faire, le programme d’éducation doit comporter quatre sections :


Pour le premier principe : cliquez ici

Pour le troisième principe : cliquez ici


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Le premier signe de guérison en douleur chronique !

Au début de ma carrière au milieu des années 90, j’ai constaté qu’une douleur persistante ne disparaissait pas du jour au lendemain, comme par enchantement.

En fait, pour la plupart des personnes qui participent à un programme d’activités physiques adaptés et spécifiques à la douleur chronique, la douleur s’estompe sous forme de «fenêtres de non douleur» qui commencent à apparaître au cours de la journée.

 

Point n’est besoin de vous dire que lorsque ça arrive, les gens sont « aux oiseaux » comme vous pourrez le constater dans le clip vidéo que je vous présente cette semaine. Madame M. est une agente de bord  qui s’était blessée lors d’une chute durant son travail. Malheureusement celle-ci avait développé une douleur chronique à la suite de l’accident de travail et elle nous avait été référée pour une démarche de réadaptation.

Celle-ci a travaillé d’arrache-pied avec nous pendant plusieurs mois, et finalement lors d’un souper avec des amis, elle a finalement vu la lumière au bout du tunnel …

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Merci à Mme Diane Simard pour la correction des textes 🙂

Présentation sur l’entraînement cardiovasculaire

Pour ceux et celles qui veulent visionner le «PowerPoint» de la session de mardi soir passé (23 février 2016) sur l’entraînement cardiovasculaire.

Musculation et prévention des blessures

Bon article du kinésiologue Daniel Riou, spécialiste en course à pied :

Plusieurs coureurs se blessent chaque année. Un des secrets pour prévenir les blessures, c’est d’être progressif dans quelconque modification que vous appliquer à vos entraînements :

  • Soyez progressif dans le changement de chaussures;
  • Soyez progressif dans le changement de surface de course;
  • Soyez progressif dans l’augmentation de votre volume d’entraînement;
  • Soyez progressif si vous ajoutez de la vitesse dans votre entraînement

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Février, le cimetière des résolutions

Vous aviez abordé la nouvelle année avec les meilleures intentions du monde : faire de l’exercice pour vaincre votre mal de dos ou simplement vous remettre en forme.

Vous vous sentiez comme Rocky, le premier matin de son entraînement contre Apollo Creed !

Mais au début de février, la motivation n’y est plus. Vous avez commencé à manquer des séances au centre d’entraînement où vous vous étiez inscrit-e* au début de janvier. Vous vous sentez coupable et, tant qu’à respecter vos résolutions à moitié et à vivre avec cette culpabilité, l’idée de tout lâcher s’est insidieusement infiltrée dans votre esprit.

Ne vous en faites pas, au moment précis où vous lisez ces lignes, des milliers de personnes vivent la même chose que vous : Février est le cimetière des résolutions

Quoi faire ?

Il faut évaluer où se situe le problème. Voici comment.

Étape 1

On adopte un comportement si celui-ci nous apporte un bénéfice. La motivation est une force qui nous pousse à nous engager envers un comportement pour combler l’écart entre un état présent et un état désiré.

Par exemple, j’ai mal au dos (l’état présent). Je voudrais ne plus avoir mal au dos et reprendre les activités que j’ai cessées à cause de la douleur (état désiré).

Pour produire cette force d’engagement nécessaire à la pratique régulière d’un programme d’exercices, une personne doit d’abord concevoir le lien entre le comportement (l’exercice) et le bénéfice (diminution de la douleur au dos ou augmentation de la forme physique, par exemple).

Pour vérifier la solidité du lien dans votre cas, évaluez, sur une échelle de 0 à 10, l’importance de continuer votre programme d’exercices, 0 représentant aucune importance et 10, une importance capitale.

Si vous avez répondu 4 ou moins, vous devriez cesser votre programme, car vous ne voyez pas le lien entre le fait de faire de l’exercice et les bénéfices escomptés.

Tenter de continuer un comportement qui, pour vous (consciemment ou inconsciemment), n’a pas de sens est inutile et vous conduira inévitablement vers l’abandon.

Vous n’êtes pas prêt. Laissez le temps ou les évènements agir. Vous devez absolument consolider votre engagement envers le nouveau comportement d’exercice avec de nouveaux renseignements ou des émotions qui éclairciront le rapport entre l’exercice et ses avantages potentiels pour vous.

Étape 2

Si le lien entre le comportement d’exercice et les bénéfices est clair pour vous, vous devez organiser votre système de motivation. Le système de motivation est l’élaboration d’un environnement qui maximise la motivation extrinsèque au début du programme et la motivation intrinsèque environ trois mois après le début du programme (voir la différence entre les deux).

Pour voir si votre système de motivation vous mènera à bon port, évaluez, sur une échelle de 0 à 10, votre sentiment de compétence (croyance qu’a un individu en sa capacité de réaliser une tâche) quant à votre capacité à rester motivé pour les six prochains mois, 0 représentant une incapacité certaine et 10, une motivation et une détermination d’acier.

Si votre réponse est à moins de 5, votre problème est le système de motivation : vous avez besoin d’aide.

Vous avez besoin d’un coach.

Coaching

Un coach vous guidera en deux volets : le technique et l’émotif.

Volet technique

Sur le plan technique, un coach organisera un système de motivation pour maximiser l’exécution du programme au cours des semaines qui suivent. Il pourra aussi modifier les paramètres de votre programme (durée, intensité, fréquence), car ceux-ci ont un effet direct sur le taux d’abandon.

Il devra aussi les adapter à votre réalité contextuelle, car il est important de comprendre que c’est le système qui doit être adapté à vos besoins et attentes, et non le contraire ! C’est pourquoi l’expertise d’un kinésiologue est essentielle. 

Volet émotif

Sur le plan des émotions, votre coach pourra engager une relation d’aide avec vous, d’abord pour vous connaître et pour ensuite pouvoir travailler les aspects suivants :

  • définition d’objectifs clairs, réalistes et des étapes pour les atteindre ;
  • mesure de l’écart entre vos aspirations et vos comportements ;
  • encouragement à vous récompenser lors de l’atteinte de vos objectifs.

Une fois le système élaboré, il ne nous restera qu’à le mettre à exécution. Avec le temps, votre motivation sera moins dépendante des facteurs extérieurs et deviendra de plus en plus intrinsèque, et vous serez beaucoup moins à risque d’abandonner votre programme.

Pour quelques idées pour un bon système de motivation à l’exercice, cliquez ici.

Partagez ce texte avec vos proches, surtout avec ceux qui sont au milieu du cimetière…


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Merci à Mme Diane Simard pour la correction des textes 🙂

Glace et anti-inflammatoires : bénéfiques ou néfastes ?

Bonne mise à jour du physiothérapeute Marco Raffis de Physio-Extra :

Depuis des décennies, la science médicale nous suggère d’appliquer de la glace dès que la douleur se fait sentir. Cette habitude est ancrée en nous et nous sentons tous cette urgence de mettre de la glace lorsque nous nous faisons une entorse de cheville ou encore nous nous écrasons le doigt entre deux portes.

Est-ce que l’application de  glace et la prise d’anti-inflammatoires sont utiles ou nuisibles à la guérison?

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